Corse

La Haute Route du GR20 Nord

7 jours90 kmTrès difficile

Le colosse de granit rouge et de fureur

On m'avait prévenu que le GR20 Nord brisait les corps et forgeait les âmes, mais la réalité dépasse de loin les récits d'itinérance. Ici, la roche rouge et noire se dresse verticalement comme une forteresse indomptable balayée par les vents de la Méditerranée. Je ressens l'odeur entêtante du maquis insulaire, un mélange sauvage de myrte et de ciste qui remonte le long des couloirs rocheux abrupts. Chaque matin débute sous la lueur froide des étoiles, une course contre la montre avant que le soleil de plomb ne surchauffe les dalles de pierre suspendues.

La marche se transforme rapidement en une escalade permanente où les mains agrippent le rocher rugueux. Le sifflement du vent du large accompagne ma progression solitaire sur les crêtes acérées. Le paysage est d'une sauvagerie absolue, dépourvu de toute douceur végétale. Pourtant, la beauté irréelle des panoramas qui basculent d'un océan de montagnes vers le bleu profond de la mer suspend le souffle et efface instantanément la fatigue accumulée.

C'est un pèlerinage minéral éprouvant, où chaque pas exige une concentration totale pour éviter le piège des failles et des éboulis instables.

"Sur les crêtes écorchées de l'île de beauté, la montagne s'unit à la mer dans un chaos de granit et d'absolu."

La Haute Route de Calenzana à Vizzavona

Le grand départ s'élance de Calenzana pour une première étape légendaire s'élevant de 1500 mètres de dénivelé positif d'un seul bloc vers le refuge d'Ortu di u Piobbu. La suite est une succession de crêtes vertigineuses menant à Carrozzu. Le troisième jour propose le franchissement spectaculaire de la Passerelle de Spasimata, suspendue au-dessus d'un canyon impressionnant, suivie par les célèbres dalles inclinées menant à Asco Stagnu.

L'aventure atteint son paroxysme lors de la quatrième étape. Contournant l'ancien Cirque de la Solitude désormais fermé, l'itinéraire emprunte la variante alpine de la Pointe des Éboulis, frôlant le mythique Monte Cinto à plus de 2600 mètres d'altitude, avant de replonger vers le décor lunaire de Tighjettu. Les journées suivantes traversent la haute vallée du Golo et ses vasques d'eau émeraude jusqu'au refuge de Ciottulu di i Mori, avant d'entamer la longue transition forestière finale vers les berges ombragées de Vizzavona.

granit rouge et crêtes corses du GR20

L'art de survivre sur le sentier corse

Pour relever ce défi titanesque, la période idéale s'étend de la mi-juin à la mi-septembre, bien que les orages de fin d'été imposent une vigilance quotidienne. L'équipement critique indispensable comprend un sac à dos ultra-léger de moins de 11 kilos, des chaussures de trekking montantes à semelle semi-rigide à forte adhérence, et un système d'hydratation d'au moins 3 litres en raison de la rareté extrême des sources en altitude.

La réglementation bivouac est inflexible sur l'ensemble du territoire de l'île : le camping sauvage est strictement interdit sous peine de fortes amendes pour préserver l'écosystème insulaire fragile. Le bivouac est autorisé uniquement sur les plates-formes réservées autour des refuges officiels du PNRC. En matière de ravitaillement, chaque refuge propose une petite épicerie de dépannage avec des produits corses et des repas chauds, ce qui permet d'alléger la charge de nourriture initiale.