Corse, France

Le GR20 : La Diagonale Corse

15 jours180 kmDifficile

Le jour du départ, Calenzana est encore dans l'ombre. Il est 6h30, le village dort, et le sentier s'ouvre déjà sur une pente brutale couverte de maquis. Le GR20 ne s'excuse pas. Dès la première heure, le ton est donné : ce n'est pas une randonnée, c'est une épreuve de caractère. Les premiers lacets avalent un dénivelé de 900 mètres avant même que le soleil ne touche la crête. Dans le sac, 11 kilos. Dans les jambes, quinze jours à venir.

La section nord, de Calenzana à Vizzavona, est la plus technique et la plus sauvage des deux parties du sentier. Les journées s'enchaînent dans un monde minéral d'une violence tranquille. Le plateau de la Rinaghja, les aiguilles de Bavella, les passages câblés de la Bocca Minuta — chaque étape impose une présence totale. On ne peut pas rêvasser sur le GR20. La roche exige qu'on la regarde, qu'on la lise, qu'on lui fasse confiance.

"Ce sentier ne te demande pas d'être fort. Il te demande d'être là, entièrement, à chaque pas."

La section sud, à partir de Vizzavona, change de visage. Les forêts de pins laricio remplacent le granit nu. L'air se charge d'une odeur résineuse et chaude. Le rythme ralentit, non par facilité, mais parce que le corps a appris à ne plus se battre contre le terrain — il compose avec lui. Les lacs de Bastani et de Vitalaca, d'un bleu-vert irréel à 2 000 mètres, sont les récompenses silencieuses de cette deuxième semaine. On y fait une pause longue, sans raison particulière, juste pour regarder.

Les refuges du GR20 méritent leur propre chapitre. Chaque soir, une communauté improbable se reforme autour de tables en bois brut — Italiens, Allemands, Espagnols, Français — tous réduits au même état de fatigue heureuse, tous parlant la même langue de l'effort partagé. On échange des tuyaux sur l'étape du lendemain, on soigne ses ampoules, on mange trop de pâtes. C'est rudimentaire. C'est parfait.

Le dernier matin, la descente vers Conca se fait sous un soleil déjà haut. À un détour du sentier, la mer de Porto-Vecchio apparaît entre deux crêtes, bleu profond sur ciel blanc. Quinze jours de montagne se condensent dans cet instant. Le GR20 ne te laisse pas indemne — il te restitue à toi-même, nettoyé de tout ce qui n'est pas essentiel.